Sasuke Uchiha entra dans la chambre et, sans prendre le temps de se dévêtir , alla secouer joyeusement le gros garçon aux cheveux blond ébouriffés qui ronflait sauvagement dans son lit en fer.
-Debout, Naruto Uzumaki! fit-il d'un ton théâtral. Debout! L'heure a sonné.... à mon tour de dormir.
Sasuke Uchiha était un grand gaillard d'une vingtaine d'années , brun, rêveur, avec des yeux noirs si sombre, si doux, si naïfs, qu'ils lui donnaient l'air un peu perdu d'un bébé poussé en hauteur et errant ainsi sur la terre, hors mesure, sans défense et sans expérience, destiné à se meurtrir au coin des meubles et a trembler au bord des trottoirs, incapable de se décider a à traverser les rues tout seul.
Celui qu'il venait d'appeler Naruto Uzumaki se dressa sur sa couche en désordre et s'étira.
-Qu'elle heure est-il?
-Neuf heures...
Le visage du dormeur à peine réveillé exprima l'affolement le plus total. Il se jeta lourdement hors du lit et, encore tout engourdi, fit quelques pas, puis se débarbouilla en hâte. Il passa une chemise de soirée, un smoking et sortit précipitamment, sans avoir prononcé une parole, en nouant son petit n½ud noir.
La porte, qu'il avait claquée derrière lui, se rouvrit bientôt. Sa grosse tête, soigneusement calamistrée à présent, apparut. Il dit:
-Bonsoir vieux...
-Bonsoir Max Eddy, cria Sasuke
Naruto qui venait de sortir, était musicien. Violoniste de talent, il n'avait point réussi à percer encore. Aussi, pour vivre, s'était-il résolu philosophiquement à faire le violoniste humoristique, sous le nom plus cosmopolite de Max Eddy, au Dancing Bar Riunione.
Comme il avait un physique de music-hall, une bonne voix, un toupet infernal et qu'il savait prendre l'accent yankee, il avait remporté dès ses débuts de forts encourageants succès.
Il ne travaillait que la nuit. Ce qui lui permettait de partager avec Sasuke, occupé durant le joue, une petite chambre assez confortable où chacun, suivant un joyeux roulement, chauffait le lit pour l'autre.
Sasuke ne tirait pas le diable par la queue. Le salaire décent que lui donnait Anghel V. Pamiov, directeur du bureau littéraire " Zlatna Strouia" ( Le Flot d'Or) suffisait amplement à lui assurer sa subsistance. Il avait d'autres ressources encore, mais aussi un gout très prononcé de la bohème. Aussi avait-il accepté avec joie l'inconfortable hospitalité offerte par le musicien.
Sasuke adorait ça. Tout lui paraissait préférable à la solitude.
Au bureau "Zlatna Strouia" il classait les livres, dressait des catalogues, envoyait des comptes rendus aux journaux, transmettait également à ceux-ci les petites annonces que l'on déposait à ses guichets.
Le travail, on le voit, n'était guère aride.
Ce jour-là, parmi les paperasses de tout genre qu'il avait été chargé de mettre au net à la machine, avant de les expédier à la grande presse, un petit texte avait retenu son attention. Quelques lignes tracées d'une grande écriture heurtée sur une feuille de papier bleu.
A lire cette petite annonce, il s'était senti ému, sans motif, jusqu'aux larmes, comme d'un mot hâtif et affectueux qui lui aurait fixé un rendez-vous inespéré.
C'était anodin et plein de poésie cependant :
Madame HINATA HYUGA
professeur de musique
Rue Liubène Karavelov, 24, Sofia
Transpose productions musicales
d'après son propre système
Cela avait une drôle de petite odeur de poussière, de difficulté d'argent, de parfum bon marché, de bas de coton noir. On y devinait l'ombre de mains trop fines pour des besognes ménagères.
Sasuke avait pris note de l'adresse et l'avait enfouie, à toute fin utiles, dans son portefeuille comme on fait d'une photographie aimée.
Il avait été remué étrangement. Autant au moins que le jour où, lorsqu'il avait seize ans, la femme du maitre d'école, à Jablino, ou il passait ses vacances, l'avait embrassé sauvagement sur la bouche...
Avant de se glisser dans les draps encore tièdes où Naruto s'était vautré tout le jour, Sasuke fouilla son portefeuille et, devant un petit bout d'enveloppe, demeura longtemps songeur.
Il murmura rêveusement :
-Transpose productions musicales d'après son propre système...
C'était doux, comme s'il s'était répété une tendre promesse.
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